Algérie : la peine de mort relance les questions sur les incendies
Algérie : la peine de mort contre les pyromanes relance les interrogations sur l’origine des incendies
Par une décision annoncée le 30 août 2026, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a demandé une modification du Code pénal afin de rétablir l’exécution effective de la peine de mort contre les personnes reconnues coupables d’avoir volontairement provoqué des incendies de forêt. Le chef de l’État a demandé au ministre de la Justice de présenter les modifications nécessaires avant le 15 septembre. Cette annonce intervient après une nouvelle vague d’incendies meurtriers ayant touché plusieurs régions du nord et de l’est de l’Algérie.
Une décision judiciaire particulièrement lourde
La peine de mort figure déjà dans la législation algérienne pour certaines infractions extrêmement graves. Toutefois, aucune exécution n’a été réalisée depuis 1993, l’Algérie observant depuis cette date un moratoire de fait. La décision annoncée par Tebboune constituerait donc un changement majeur dans la politique pénale du pays.
Sur le plan juridique, une question essentielle demeure : comment distinguer précisément l’incendie volontaire, l'incendie criminel organisé, l'acte terroriste et l'incendie accidentel ? La réponse devra reposer sur des enquêtes techniques, des expertises scientifiques et des procédures judiciaires permettant aux personnes mises en cause de bénéficier de leurs droits de défense.
Qui provoque réellement les incendies ?
C'est probablement la question la plus sensible.
Les autorités algériennes affirment que certains incendies présentent un caractère criminel et plusieurs arrestations ont été annoncées. Mais l'existence de départs de feu volontaires ne permet pas, à elle seule, d'établir qui les a commandités, pourquoi ils ont été organisés ou s'ils appartiennent à une opération coordonnée.
Cette distinction est fondamentale. Identifier un pyromane ne signifie pas nécessairement identifier un éventuel commanditaire. De même, plusieurs incendies simultanés peuvent susciter des soupçons légitimes sans constituer, en eux-mêmes, la preuve d'une opération politique organisée.
Gouvernement, oppositions et « guerre des clans » : que peut-on réellement affirmer ?
Dans un contexte politique algérien marqué depuis plusieurs années par de fortes tensions institutionnelles et par le poids historique de l'appareil sécuritaire et militaire, certaines interprétations évoquent régulièrement des luttes internes au pouvoir.
Mais il n'existe actuellement pas de preuve publique permettant d'affirmer que les incendies de 2026 seraient le résultat d'un affrontement entre généraux ou d'une opération organisée par une faction du pouvoir.
Une telle hypothèse peut être étudiée par des journalistes ou des chercheurs, mais elle doit rester présentée comme une hypothèse, et non comme une conclusion.
La même prudence doit être appliquée à l'hypothèse inverse : accuser systématiquement des groupes politiques, des mouvements indépendantistes ou des puissances étrangères sans preuves judiciaires solides serait également problématique.
Le précédent de 2021
Cette prudence est d'autant plus importante que les incendies de 2021 avaient déjà donné lieu à de graves accusations politiques. À l'époque, les autorités algériennes avaient évoqué des incendies criminels et accusé notamment le MAK et Rachad, dans un contexte de fortes tensions avec le Maroc.
L'expérience de 2021 montre donc l'importance de distinguer les faits établis par une enquête judiciaire des déclarations politiques faites dans l'urgence d'une catastrophe.
La peine de mort peut-elle répondre à la question de fond ?
La réponse est loin d'être évidente.
Une peine extrêmement sévère peut avoir une fonction dissuasive et répondre à une demande de fermeté après la mort de plusieurs personnes. Mais elle ne répond pas nécessairement aux questions fondamentales : qui a allumé les incendies ? Pourquoi ? Y a-t-il eu coordination ? Qui a financé ou commandité les éventuelles opérations criminelles ? Les dispositifs de prévention ont-ils fonctionné ? Des défaillances administratives ont-elles contribué à l'ampleur des dégâts ?
La justice devra donc établir les responsabilités individuelles, pénales et éventuellement institutionnelles, sur la base de preuves.
Une exigence : une enquête indépendante et transparente
Le véritable enjeu juridique dépasse ainsi la seule question de la peine capitale.
Si les autorités veulent convaincre la population que les incendies sont le résultat d'actes criminels organisés, elles devront apporter des éléments vérifiables : analyses des points de départ des incendies, expertises scientifiques, données téléphoniques et numériques obtenues légalement, témoignages, éventuels financements, liens entre suspects et identification des commanditaires.
La gravité des incendies ne doit pas conduire à remplacer l'enquête par la suspicion.
La question centrale pour la justice algérienne devrait donc être simple : les responsables seront-ils identifiés à partir de preuves judiciaires, quels que soient leur statut, leur appartenance politique ou leur position dans l'appareil de l'État ?
C'est précisément cette exigence d'une justice indépendante, contradictoire et fondée sur les preuves qui permettra de déterminer si l'Algérie est confrontée à une série d'actes criminels isolés, à une entreprise organisée ou à une réalité plus complexe.
Pour l'instant, affirmer que le gouvernement algérien provoque lui-même les incendies ou qu'ils résultent d'une guerre entre généraux dépasserait largement les éléments publiquement établis. Ces hypothèses méritent éventuellement d'être examinées, mais elles ne peuvent être présentées comme des faits sans preuves solides.